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Ce matin là.

June 10, 2015

 

J’ai froid ! Je repense à ce matin. J’ai dit au revoir à mon père et embrassé ma mère. Mon petit frère dormait encore alors, j’ai relevé la mèche qui lui camouflait les yeux et caressé son front. Je suis sorti et j’ai regardé une dernière fois la maison. Elle ne paie décidément pas de mine mais c’est là que je suis né, seize ans jour pour jour. Ces seize années défilent là et j’ai l’impression qu’elles m’échappent déjà. Les fêtes avec mes oncles et mes tantes, les engueulades entre mes parents, le visage de mon grand-père sur son lit de mort, ma grand-mère perdant peu à peu la raison. Tant de souvenirs que je laisse derrière moi.

 

Il faut dire que je n’ai plus vraiment le choix ! Depuis que mon père a eu son accident, ma mère a été obligée de doubler ses heures aux champs et j’ai quitté l’école pour pouvoir l’aider. Mon petit frère lui, n’a pas encore l’âge d’aller à l’école et si la situation ne change pas, il ne pourra jamais y aller. C’est pour cela que je suis parti. Mon oncle m’a parlé un jour de la France, une terre d’accueil, un asile où tout le monde a la chance et l’obligation d’aller à l’école et d’apprendre un métier. Alors depuis ce jour je n’ai eu de cesse de rêver de ce pays, je l’ai rêvé si fort que rien ne pouvait  plus entacher ma décision ! C’est là que je devais aller, tout était bien préparé dans ma tête. J’ai réussi à économiser  chaque dinar à la sueur de mon front afin de payer le passeur. Ma mère n’était pas d’accord que je parte mais elle n’a rien dit, elle m’a juste embrassé. Elle n’a pas pleuré, cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait plus de larmes, la source était tarie.

 

La route jusqu’au port était longue et il fallait donc que je parte au petit matin. J’ai pris mon baluchon avec juste de quoi me changer, un peu de pain et de l’eau. Après dix-sept heures de marche, j'y suis arrivé. Il faisait nuit mais la lune était pleine. Les bateaux de pêche  se préparaient à partir pour une longue nuit de labeur. Ils étaient beaux et avaient fière allure et je me mis à pleurer. C’était la première fois que je voyais la mer, le reflet de la pleine lune et le ballet incessant des bateaux s’entrecroisant sur une eau noire faisaient danser leurs lumières à la façon d’une fête aux lampions. Je me mis à imaginer qu’ils étaient là pour fêter mon départ, que chaque lumière était là en train de s’offrir à moi pour me réchauffer le cœur.

Puis, j’ai entendu une voix crier mon prénom, c’était mon ami Abdel.

 

Il venait d’un village voisin, je l’ai connu aux champs. On a le même âge, il a juste quelques mois de plus. Je me souviens des longues journées passées avec lui à imaginer notre vie en France, on s’était promis de faire la route ensemble et c’était le moment. Enfin ! C’était le jour où nos vies allaient prendre un tournant décisif, je suis bien conscient que la route allait être semée d’embuches mais j’étais prêt, nous étions prêt à les affrontées.

 

Abdel m’emmena jusqu’au bateau du passeur. Le bateau était là devant moi, déjà beaucoup de monde à son bord. Il y avait des familles entières et ce qui m’avait frappé le plus, c’était l’absence d’éclairage, ça m’avait donné l’impression d’un vaisseau fantôme. Abdel a dû comprendre car il se mit à rire et m’attrapa par le bras pour monter sur la passerelle qui nous mena au bateau. Le passeur était là, le regard sévère il demanda son argent, mon ami et moi lui tendions alors nos enveloppes et il nous ordonna d’un geste directif du doigt de monter à bord. Nous avons dû enjamber  les gens qui se trouvaient là tellement il y avait du monde et nous avons réussi à trouver un coin où s’asseoir. Après une heure où les gens continuaient à monter, le bateau pris la mer. J’étais tellement fatigué que même le bruit du moteur n’a pu avoir raison de mon sommeil.

 

Je ne sais pas combien de temps j’ai dormi, je crois que c’est le cri d’Abdel qui m’a sorti de mon sommeil. J’ai d’abord cru qu’il avait fait un cauchemar mais j’ai vite compris que quelque chose n’allait pas quand j’ai entendu les autres crier de plus en plus fort.

 

Le bateau coulait. Il s’enfonçait par le côté et bientôt il se renversa complètement. Je réussissais à m’accrocher tant bien que mal à une partie du bateau et me mis à crier après Abdel mais il avait disparu. Je vois les gens se débattre dans l’eau et le bateau a déjà complètement disparu.

 

Je suis en train de m’épuiser peu à peu dans cette eau si sombre, bientôt les cris s’amenuisent. Je n’ai plus de force, j’ai froid.

 

J’ai froid et je repense à ce matin.

 

J’ai froid, j’ai fait un rêve.

 

J’ai si froid, puis… noir.

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