May 7, 2017

January 20, 2017

January 16, 2017

August 9, 2016

August 8, 2016

July 20, 2016

March 7, 2016

Please reload

Posts récents

Le temps

June 25, 2015

 

Le temps, voilà un luxe qu’il n’avait pas.  Keïko a passé sa vie durant à courir après, pourtant il en a toujours manqué de ce temps. De temps pour vivre, de temps pour penser à lui, de temps pour aimer aussi. Il faut dire que son travail qui était loin de lui déplaire ne lui en avait jamais laissé, du temps. Keïko l’a passé, ce temps, à parcourir le monde sans jamais prendre le temps de le découvrir vraiment.

 

Elle, elle n’en n’avait aucune notion, du temps. Elle qui a eu tellement de temps morts. Aomamé qui l’a toujours prit, le temps. Elle qui ne savait rien faire d’autre que de le prendre, ce temps. Aomamé, la tête dans les livres, a toujours eu le don de le suspendre, ce temps.

Ils n’étaient pas prédisposés à se rencontrer et pourtant, le temps en avait décidé autrement. Pas vraiment un temps de chien, plutôt un temps à ne pas mettre le nez dehors. Aomamé rentrait chez elle et Keïko courrait après le temps. Tous les deux s’étaient réfugié sous le même parapet.

 

-Quel temps pourrit ! Maugréa-t-il.

 

-Il fait un temps à aller dans les salles obscures. Répondit-elle.

 

-Pardon !? Dit-il, toujours d’un ton maussade.

 

-Oh ! Veuillez m’excuser. Dit Aomamé d’un ton gêné. Je n’ai pu m’empêcher de réagir et je vous disais qu’il faisait un temps à aller au cinéma, Vous ne trouvez pas ?

 

-Je n’ai pas le temps!

 

-On peut toujours trouver un peu de temps, suffit de le vouloir vous ne pensez pas ?

 

Keïko, qui n’avait pas l’habitude de prendre du temps pour discuter, vit pour la première fois une brèche dans le temps. Cette brèche se tenait là, juste devant lui. Il se mit à prendre le temps d’observer le visage de la jeune femme juste à côté de lui. Il radoucit sa voix et lui répondit.

 

-Le temps, hélas me fait défaut.

 

-Par les temps qui courent, c’est dommage ! Se moqua-t-elle.

 

-Mon travail ne m’en laisse pas le temps.

 

-Pour faire un travail parfait, vous devriez prendre votre temps. Toujours le sourire aux lèvres.

 

-Le temps c’est de l’argent.

 

-C’est le défaut des hommes depuis la nuit des temps ! S’amusa-t-elle.

 

-Pour gagner du temps, il vaut mieux ne pas en perdre, du temps. Répondit Keïko.

 

Pourtant Keïko, qui en temps ordinaires connaissait toutes les astuces pour ne pas le perdre, ce temps, commença à ne plus mesurer le temps, le temps d’une discussion.  Il vit dans la main de la jeune femme un livre.

 

-Que lisez-vous ? Dit-il en lui désignant la main.

 

-Le temps retrouvé, de Proust.

 

-Ça parle du temps ?

 

-En quelque sorte. Pour faire court, le narrateur comprend que la mémoire involontaire permet d’abolir les limites imposées par le Temps. C’est le dernier roman des sept tomes « A la recherche du temps perdu » une réflexion, entre autre sur la littérature, sur la mémoire et sur le temps.

 

-Vous passez le plus clair de votre temps à lire, si je comprends bien ?

 

-Ce n’est pas une question de temps, j’aime ça ! Repondit-elle d’une voix douce qui la caractérisait.

 

La pluie cessa et le temps se réchauffa. Keïko proposa à Aomamé de continuer à échanger devant un thé. Elle accepta, ils se rendirent « A la nuit des temps », un salon où la jeune femme trainait souvent avec ses bouquins. Et là, le temps d’une pause qui prit bien son temps, naquit une histoire en un rien de temps. Il lâcha Keïko de son emprise, le temps. Le temps d’une romance.

 

Même si cette histoire n’aura qu’un temps, Keïko s’attacha à ne plus le compter, le temps.

 

Please reload

Please reload

Search By Tags
Please reload

Archive