Que de la poussière


Entre mes doigts cela file, même en resserrant mes phalanges.

Alors je les serre tout contre mon torse afin de sentir leur pression mais rien n’y fait!

Que de la poussière!

Dans mon regard cela file, même en refermant les yeux.

Alors, accoudé à ma table, de mes paumes je presse mes paupières mais rien n’y fait!

Que de la poussière!

De mes plaies cela file, même en compressant mes blessures.

Alors, assis là, je bande mes contusions mais rien n’y fait!

Que de la poussière!

De mes années cela file, même à force de fuir l’adulte.

Alors, dans mon fort intérieur je rejoue à la marelle mais rien n’y fait!

Que de la poussière!

De mes amours cela file, même à force de passion.

Alors, je m’accroche à des histoires éphémères mais rien n’y fait!

Que de la poussière!

De la poussière, rien que de la poussière!

Pourtant, tout comme le sablier, inlassablement je refais le plein.

Le plein de souvenirs, le plein d’amis, le plein d’imagination toujours là, sans faille.

Et si là était le secret?

De la poussière, rien que de la poussière!

De cette poussière, ne retenir que les grains non tamisés par ces instants tant fuit, vous savez? Ceux que l’on met tellement de temps à vouloir effacer, à vouloir gommer à force d’auto-suggestion!

De la poussière, rien que de la poussière!

Et si finalement notre alliée la plus précieuse, en désserrant les phalanges, en écarquillant les yeux, en laissant sécher ses plaies, en ne retenant ni les années, ni les amours, était bel et bien cette fameuse poussière que l’on cherche tant bien que mal à retenir?

Celle que l’on cherche en vain à capturer.

Cette poussière en la laissant enfin s’étioler, s’envoler aux quatre vents, laisserait enfin place à un chemin que l’on pourrait dépoussiérer afin de laisser place à de nouvelles poussières.


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